Dans les Vallées d’Andorre, jusqu’à l’entrée en vigueur de l’Euro, les monnaies de l’Espagne et de la France étaient utilisées co-officiellement, encore qu’il existe la liberté monétaire et, donc, il est possible de payer avec toute sorte de devises.
Dans la pratique, la monnaie la plus utilisée était la peseta et, à un moindre degré, le franc français. Maintenant c’est l’Euro.
Durant la période de la Guerre Civile espagnole la monnaie fractionnaire se fit rare dans la péninsule et ceci arriva aussi en Andorre. Pour faire face à cette situation, le Très Illustre Conseil Général des Vallées émit sa propre monnaie, un cas unique dans l’histoire du pays.
La raison de cette nouveauté, selon Vidal i Guitart, fut la fluctuation de la pesseta, vu que chaque faction en guerre faisait l’impossible pour débiliter l’autre et qu’une de ces mesures fut la cotisation de la monnaie à l’étranger. Une autre était l’exportation de capitaux espagnols ; n’importe quelle faction pouvait accuser les andorrans de complicité dans cette pratique. La période de dévalorisation se vit proche et occasionna le retrait spontané de la monnaie espagnole de la part des particuliers, occasionnant ainsi la disparition de la monnaie fractionnaire en Andorre.
Moyennant le décret nº 112 du 19 décembre 1936, le Très Illustre Conseil Général des Vallées accorda la création de papier monnaie propre de cours obligatoire dans les vallées.
Le décret avait la teneur suivante :
- Il se crée et se met en circulation des bons monétaires andorrans avec l’objectif de faciliter les transactions commerciales dans les Vallées d’Andorre.
- Ces bons-ci sont garantis par des billets de la Banque Nationale d’Espagne et sous la responsabilité du Très Illustre Conseil Général des Vallées d’Andorre.
- Étant ces bons-ci divisionnaires des billets de la Banque d’Espagne de valeur de vingt cinq pessetas et supérieurs, - il s’entend les billets qui se trouvent déjà en circulation à cette date - les mêmes fluctuations que celles supportées par les billets espagnols déjà mentionnés continueront.
- N’importe quel bon sale, amendé ou déchiré de façon à ce qu’il y ait un doute sur son authenticité, sera considéré nul.
- Les falsificateurs de ces bons seront châtiés avec les sanctions maximales appliquées par les Tribunaux compétents.
- Ces bons seront remboursés au plus tard le 31 décembre 1938.
Andorra la Vella, le 19 décembre 1936
En attendant l’impression de ces billets, des bons écrits à la machine et signés à la main et avec un tampon avec l’emblème de l’Andorre et la devise “VIRTUS UNITA FORTIOR” furent utilisés. La valeur était d’une pesseta.
Il était mentionné “Émission provisoire selon l’accord du Très Illustre Conseil Général du 19 décembre 1936, à échanger contre les bons définitifs à imprimer”.
Dans le livre des sessions du Conseil Général il n’y a aucune indication d’un accord pour émettre ces bons provisoires. La signature n’a pu être identifiée, même s’il semble que l’on y puisse lire “Aleix”. Le tampon utilisé n’a pas était trouvé non plus sur d’autres documents de l’époque. Par contre, il est mentionné à un moment donné de la confection de bons par des particuliers, ordonnant qu’ils soient retirés et que leur valeur soit abonnée par ceux qui les ont émis.
L’impression des bons officiels fut réalisée en France, à Toulouse. La première émission fut d’un montant de 50 000 pessetas, avec les valeurs suivantes :
- d’une pesseta : 10 000 exemplaires, couleur bleue sur fond violet
- de 2 pessetas : 5 000 exemplaires, couleur bleue sur fond orange pâle
- de 5 pessetas : 4 000 exemplaires, couleur bleue sur fond vert clair
- de 10 pessetas : 1 000 exemplaires, couleur bleue sur fond vert olive
Rem : notez le double”s”catalan, qui a la consonance de la monnaie espagnole
Au verso y sont indiqués, en bleue, le texte du décret, la numérotation en noir et un tampon avec l’emblème d’Andorre à l’encre violette.
En décembre 1937, en attendant une deuxième émission et par accord du Conseil Général, se mirent en circulation des bons signés par le Syndique d’Andorre.
Imprimés au moyen d’une presse manuelle en différentes dates et papier courant de type et de mesures différentes, ils ont la numérotation en noir faite avec numérateur et en rouge le texte suivant : “Bon pour cinq Ptas. Andorre 22 décembre, 37. Le Syndique”. Étant signés manuellement par le Syndique Francesc Cairat. En encre violette y est imprimée la mention “PROVISOIRE” et, avec deux tampons ronds, l’inscription “APPROVISIONNEMENTS-CONSEIL GÉNÉRAL DES VALLÉES D’ANDORRE”.
La deuxième émission, en 1937, fut pour un montant de 75 000 Ptas. distribuées comme suit :
- de 50 centimes de pesseta : 20 000 exemplaires, couleur marron sur fond beige
- d’une pesseta : 15 000 exemplaires, couleur marron sur fond orange intense
- de 2 pessetas : 5 000 exemplaires, couleur marron sur fond orange pâle
- de 5 pessetas : 4 000 exemplaires, couleur marron sur fond vert
- de 10 pessetas 2 000 exemplaires, couleur marron sur fond orange


Après le grand bouleversement de la Seconde Guerre Mondiale,l’Andorre se découvre une réelle richesse,le tourisme et le monde apprend à connaître ce petit état avec ses traditions ancestrales et son histoire émaillée de personnages “hauts en couleurs”.
Cette confrontation entre le monde moderne et l’histoire d’Andorre donne l’idée à un citoyen américain,Hans Schulman,habitant la lointaine New York,de créer des pièces de monnaie avec l’image,entre autres,de Charlemagne et de Napoléon Ier.
Ces représentations de personnages universellement illustres marquent les croisements qui existent entre l’histoire de la principauté et celle du
vieux continent.
Ces pièces,bien qu’autorisées par le pouvoir du moment,n’étaient pas vraiment destinées à un usage quotidien,les Andorrans n’avaient pas besoin d’une monnaie propre.
Nous sommes en 1960 et peu de pays frappent à ce moment là des pièces commémoratives,qui plus est en argent.
Puiser dans l’histoire d’un pays pour reproduire les traits d’un personnage est une habitude courante pour le papier-monnaie mais l’imagerie des pièces est encore essentiellement limitée aux symboles soit du pouvoir politique soit de l’économie et du monde du travail.
Notre citoyen américain a fait une réelle oeuvre d’artiste doublée d’inventivité.
C’est aussi la première fois qu’apparaît le terme “diner”(traduction catalane de “denier”)qui sera repris plus tard et s’imposera comme une dénomination à usage exclusif de l’Andorre (pluriel “diners”).
Pendant cette deuxième moitié du XXème siècle, l’Espagne développe aussi son tourisme et s’enrichit.
Les habitants de la péninsule ibérique et surtout de Barcelone,visitent ce pays voisin qui utilise leur monnaie parle leur langue (le catalan)et se reconnait un chef,un coprince de nationalité espagnole et prélat de la religion catholique.
L’influence espagnole est très importante en ces temps-là et la représentation en Andorre de l’évêque de la Seu d’Urgell,en 1977,se lance dans l’émission de monnaie créant son propre “service d’émissions”.
Les premières émissions sont des médailles qui ne portent pas de valeur faciale,l’émetteur ne voulant pas imposer de dénomination ou hésitant encore sur telle ou telle appellation.
La prépondérance de la peseta est telle que le touriste qui visite l’Andorre, à ce moment là, ignore presque que le franc est aussi une monnaie légale en Principauté. L’afflux d’une population immigrée d’origine ibérique (50% des habitants sont espagnols) amène l’Evêque à renforcer les bureaux de sa représentation et le Service d’Emission occupe une parti de ces bureaux. C’est un vrai institut d’émission avec une politique commerciale active. Les monnaies sont surtout en argent mais aussi en or pur.
L’Evêque, Monseigneur Joan Marti i Alanis,fort de son autorité,apparaît alors en effigie avec le titre de coprince sur l’avers des premières pièces et on reprend le terme de diner (1983) créant ainsi une unité monétaire propre à l’Andorre.La diffusion de ces pièces est limitée aux collectionneurs mais la monnaie andorrane est officialisée et une parité avec la peseta fixée. (1 diner=100 pesetas)
1984 voit l’émission d’une série de pièces où Monseigneur Alanis apparait de profil coiffé de sa barrette. C’est l’image du coprince, souverain d’Andorre comme le souligne la légende « majestueuse »en latin. Ces pièces sont pour certaines en métal précieux mais d’autres en métal commun comme de vraies séries de circulation.L’expérience ne sera pas renouvelée.
Les émissions suivantes seront toutes commémoratives traitant de grands évènements sportifs ou autres et certaines auront de caractéristiques techniques uniques,la Principauté émettant les toutes premières pièces bi-métalliques en métaux précieux(or et argent)du monde.
Dans ces émissions le diner peut-être divisé en monnaies décimales ou « centims »
En 1991 la Principauté d’Andorre finalise des accords douaniers avec l’Union Européenne puis adhère à l’ONU.Les institutions de la principauté essentiellement de traditions orales sont bousculées mais les monnaies du coprince célèbrent grandement cette reconnaissance internationale.
En 1993, une Constitution écrite est votée et promulguée créant un état de droit,une co-principauté parlementaire avec un gouvernement exécutif.
La monnaie n’y est pas traitée et le service d’émissions poursuit son monnayage de collection mais la légende du coprince épiscopal disparaîtra petit à petit au profit de la seule légende « Principat d’Andorra » .
A l’opposé les pièces font souvent référence à une double valeur en « ECU » puis en euro.
En 1996 et 1997, bien avant 2002 le terme « euro » apparaît sur des pièces de monnaie du continent européen.
En 1998 l’exécutif Andorran prend une décision surprenante en créant une série de pièces célébrant les 250 ans de Manuel Digest, un ouvrage de principes gérant la vie sociale en Andorre.C’est un clin d’œil de la nouvelle autorité vers le passé. La frappe de monnaie est un attribut de la souveraineté mais en Principauté, « état de droit », cohabitent deux autorités susceptibles d’émettre des pièces en « diner ».
Une troisième autorité, le coprince français, ne l’exercera jamais.
En 2002 le paysage monétaire européen s’apprête à subir une profonde révolution avec l’introduction de l’Euro. Dans le porte-monnaie de la ménagère andorrane, la peseta et le franc sont remplacés le 1er janvier 2002 par la monnaie européenne.
La monnaie officielle reste le diner sans toutefois de parité réelle avec l’euro.
Jusqu’à ce jour, la Principauté n’a pas encore émis de pièces aux caractéristiques communes avec le reste de la CEE. En 2002 une série de pièces andorranes avec des petites valeurs en centimes de diner intègre des pièces de 1 euro avec les faces françaises et espagnoles (nous sommes toujours en co-principauté)et seul un institut privé anglais osera frapper en 2003 en « essais » des pièces aux normes de l’euro,toutes les valeurs du 1 cent au 2 euros plus une pièce de 5 euros totalement de fantaisie.
2004 sera-t-elle l’année de l’apparition des euros andorrans officiels ?il semble que cette autorisation ne puisse être donnée par la Banque Centrale Européenne qu’après modification du droit bancaire andorran.
(http://site.voila.fr/monnaies.andorre)